Face aux violences de masse, quelles interprétations ?
Nicolas Mariot
Comment des hommes ordinaires se transforment-ils en tueurs ? L’équipe du CRASH vous a convié, le jeudi 3 octobre 2019, à une conférence-débat en présence de Nicolas Mariot, sociologue et historien. Il a notamment publié : « Faut-il être motivé pour tuer ? Sur quelques explications aux violences de guerre » (Genèses, n°53, 2003, p. 154-177) et les livres Face à la persécution. 991 Juifs dans la guerre (avec Claire Zalc, Paris, Odile Jacob, 2010), Tous unis dans la tranchée ? 1914-1918, les intellectuels rencontrent le peuple (Paris, Seuil, 2013). Cette rencontre, préparée avec Claudine Vidal, était animée par Elba Rahmouni.
- 00:00 Présentation de la conférence
- 04:41 Partie 1. Introduction : Pas de description sans interprétation
- 24:28 Partie 2. Approche culturaliste et approche situationnelle : La Seconde Guerre mondiale
- 35:44 Partie 3. La prédominance de l’explication culturaliste
- 45:17 Partie 4. La Première Guerre mondiale et le génocide des Rwandais tutsis
- 55:49 Partie 5. Conclusion : seule l’approche situationnelle explique le comportement des tueurs réfractaires
- 01:01:18 Question 1. La mise en œuvre de l’idéologie sur le terrain
- 01:07:32 Question 2. Réification de la culture et de la société dans l’approche culturaliste
- 01:13:54 Question 3. Arriver à articuler logiques de situation et récit plus général
- 01:21:29 Question 4. Les enfants soldats / L’arme nucléaire
- 01:23:42 Question 5. Le parallèle entre les camps de la mort et les abattoirs
- 01:29:50 Question 6. L’exemple des violences de masse au Darfour
- 01:35:43 Question 7. Le meurtre en face à face / Soldats de Sonke Neitzel et Harald Welzer
- 01:42:47 Question 8. L’aseptisation / Le libre arbitre
- 01:53:43 Question 9. Philip Zimbardo
- 01:57:20 Conclusion de la conférence
Nicolas Mariot a restitué les controverses entre deux courants interprétatifs mobilisés dans les études et enquêtes consacrées aux violences de masse du XXème siècle.
D’une part l’approche culturaliste : celle-ci privilégie une interprétation des massacres par des motivations haineuses liées au racisme, à l’antisémitisme, au nationalisme, au fondamentalisme, etc. Enracinant l’engagement des tueurs dans une culture de la haine, cette explication est convaincante pour un large public. Certains journalistes et personnalités politiques y trouvent une caution scientifique à une vision du monde réduisant les violences de masse (en Syrie, en République Centrafricaine, au Soudan du Sud par exemple) à des conflits identitaires entre groupes radicalisés qui s’opposeraient du seul fait de leurs différences culturelles, ethniques, religieuses, etc.
D’autre part l’approche dite situationnelle : celle-ci s’intéresse au déroulement des massacres à des endroits et des moments précis. Sans nier le rôle des passions, elle met en lumière les logiques politiques, les effets de groupe, les conditionnements collectifs pouvant transformer des hommes ordinaires en tueurs : les pressions du groupe de « copains », les solidarités locales ou familiales, les rivalités micro-locales, etc.
Ces débats concernent directement les analyses des situations où nous intervenons.
Pour citer ce contenu :
Nicolas Mariot, « Face aux violences de masse, quelles interprétations ? », 3 octobre 2019, URL : https://msf-crash.org/fr/rencontres-debats/face-aux-violences-de-masse-quelles-interpretations
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