Pourquoi défendre le multilatéralisme ?
Monique Chemillier-Gendreau
Le mardi 24 mars 2026, nous avons eu le plaisir d’accueillir Monique Chemillier-Gendreau, professeure émérite de droit public et de science politique, pour une conférence consacrée au multilatéralisme dans le contexte géopolitique actuel. Cet échange a été préparé et animé par Rony Brauman.
En entérinant le « Board of Peace » le 17 novembre dernier par la résolution 2803, le Conseil de sécurité de l’ONU entrait en contradiction frontale avec une autre instance de l’ONU, la Cour internationale de justice et les principes qu’elle a fortement rappelés dans son avis du 19 juillet 2024. Ignorant, en outre, les différentes résolutions qu’il avait votées antérieurement, le Conseil de sécurité, piétinait le droit international en se rangeant derrière les Etats-Unis, lesquels ne font pas mystère de leur ambition de concurrencer et asservir l’ONU.
Le temps où l’ONU offrait une façade multilatérale est révolu. Les humanitaires sont bien placés pour savoir que l’envers de ce décor n’était pas brillant. Le multilatéralisme de façade dissimulait mal la réalité du directoire des puissances qu’était le Conseil de sécurité et le résultat des multiples déploiements de forces dites de maintien de la paix est très mince. Reste que la mise en danger des agences de l’ONU du fait des coupures budgétaires, se traduit d’ores et déjà par d’importants dégâts. HCR, OMS et PAM remplissent des rôles essentiels que nul n’est en mesure de reprendre, tandis que la Cour pénale internationale est la cible d’attaques sans précédent.
Faut-il dès lors voir dans cet effacement du multilatéralisme le dévoilement salutaire d’une logique de domination jusqu’alors travestie, avec pour corollaire la disparition d’une assistance vitale ? Les guerres de RDC, du Soudan, de Palestine, les régimes oppresseurs violents, marquent-ils la mise en échec du droit international ? En somme, au-delà de ses agences humanitaires, l’ONU n’est-elle autre chose qu’une fiction, rassurante pour les uns, hypocrite pour d’autres ?
Nous avons débattu de ces questions avec Monique Chemillier-Gendreau, professeure émérite de droit public et de science politique à l’université Paris Cité, spécialiste du droit international, praticienne des juridictions internationales. Elle est l’autrice, entre autres publications, de Rendre impossible un État palestinien. L’objectif d’Israël depuis sa création (Textuel, 2025), Pour un Conseil mondial de la résistance (Textuel, 2020), Régression de la démocratie et déchaînement de la violence (Textuel, 2019) et De la guerre à la communauté universelle. Entre droit et politique (Fayard, 2013).
Pour citer ce contenu :
Monique Chemillier-Gendreau, « Pourquoi défendre le multilatéralisme ? », 24 mars 2026, URL : https://msf-crash.org/fr/rencontres-debats/pourquoi-defendre-le-multilateralisme
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